Roy Stuart’s Glimpse 8

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Article By Stéphane Ruiz
 
A brunette in panties masturbates a man hidden behind a car. A sequence follows where two women and one man, their faces outside the frame, caress each other’s sex. Next unfolds a sequence of poses where the model wearing a blouse, buttoned half open, socks and a tight skirt, scratches herself and yawns langourously. A kind of mandog sniffs the panties of his mistress. A tattooed biker type literally fucks the mouth of a bourgeoise. The artist Madeleine Berkheimer abandons herself to a Saphic part of herself under the eye of Milly, Molly and Mandy.
 
The sequences unfold in a seemingly random and a spontaneous manner in which one sucks, licks and gives full mouthed kisses. The preliminaries are stretched and the dildoes are handed over. Moving from the unusual to the cliché (from the backyard, SM soft, and the moulded ceilings….) Glimpse 8 flows in a stream of images like a surge of piss, between the spread out thighs of young girls. Sometimes a fragment of a story is thrown in randomly with the music, at times wayward, where it’s not only a question of sex, but also of starving in Paris and showers in lofts. One must wait about half an hour before the first penetration of sex. Man seems to be an accessory here, not unlike a dildo or a skilfull finger. Roy comes in to lend a helping hand. The leading roles go to ‘…the sweet and gentle leading ladies of the district who have no lovers’, as per the poetry of Apollinaire in the original soundtrack.

Roy Stuart’s Glimpse 8

Glimpse 8 does not fit into the imposed norms of common pornography, but seems to trace a figured line between immediate satisfaction and the construction of desire in the image. As the scenes unfold, figuratively, in the accumulation of a kind of monomania of pleasure, fiction takes its shape. One imagines pieces of nostalgia unpacked at the foot of a wall, memories crystallised in urgency, an open, flowing tap and a life devoted to the erotic. Close to the end, there are some troubling moments, some intimate dance numbers, complicit smiles and the recollection of all these girls who played the game.

Roy Stuart’s Glimpse 8

Article par Stéphane Ruiz

Une brune sèche branle avec sa culotte un mâle caché derrière une voiture. Un plan fixe où deux femmes et un homme, les visages hors cadre, se caressent le sexe mutuellement. Une séance de pose interminable où le modèle se gratte et baille à s’en décrocher la machoire, le chemisier ouvert, en socquettes et jupe stricte remontée sur le ventre. Un homme chien qui renifle la culotte de sa maîtresse. Une petite frappe tatouée qui baise littéralement la bouche d’une bourgeoise. L’artiste Madeleine Berkhemer se livre à une partie saphique sous les regards de Milly, Molly et Mandy. Pendant plus de deux heures, les séquences s’enchaînent, se raccrochant à peine entre elles. On se suce, on se lèche, on s’embrasse à pleine bouche; les préliminaires s’étirent, les godes passent de main en main. De l’insolite au cliché éculé pris au pied de la lettre (arrière cour, SM soft, et moulures aux plafonds…), Glimpse 8 écoule son flot d’images comme la pisse, plusieurs fois, entre les cuisses écartées des filles.

Parfois un fragment d’histoire jeté à la volée, et toujours la musique entêtante où il est évidemment question de sexe mais aussi de famine à Paris et de douches dans des lofts. Il faut attendre trente minutes pour la première pénétration d’un sexe. L’homme n’est qu’un accessoire au même titre que le gode le plus émoussé ou le doigt le plus habile. Même lorsque Roy Stuart vient « prêter main forte », le premier rôle va « à ces filles de l’arrondissement, douces et gentilles, qui n’ont pas d’amant » pour reprendre les paroles d’une chanson de la bande originale. Histoire d’œil plutôt qu’histoire d’O, Glimpse 8 échappe aux figures imposées du porno commun, trace une ligne de partage entre la satisfaction immédiate et la construction du désir dans l’image.

Ce dispositif n’est pas pour autant réductible au prolongement du travail photographique de son auteur. Au fil des scènes, dans l’accumulation de ces monomanies du plaisir, la fiction prend corps. On imagine des morceaux de mémoires déballés au pied du mur, des souvenirs cristallisés dans l’urgence, un robinet ouvert sur une vie vouée au cul. Dans l’imminence de la fin, à deux doigts du crash test, il ne reste que les moments troublants, les numéros de danse intimes, les sourires complices et les souvenirs de toutes ces filles qui ont joué le jeu.

Roy Stuart’s Glimpse 8